À l’automne 2007, Vladimir Boukovski et moi avons présenté nos livres à Moscou : lui, la nouvelle édition de Et le vent reprend ses tours…, et moi, la première édition, en Russie, de Midi, Place rouge. Boukovski a dit à cette occasion : « Ah, si seulement nous avions alors eu Internet… »
« Alors », cela veut dire dans ces années et décennies où nous n’avions que le samizdat et où nous tapions à la machine des poèmes, de la prose, des lettres ouvertes et des comptes-rendus de procès, dont les plus connus étaient, dans les années 60, les notes que Frida Vigdorova a prises lors du procès de Joseph Brodski, le livre d’Alexandre Guinzbourg, L’Affaire Siniavski-Daniel, et celui de Viatcheslav Tchornovil, Le malheur d’avoir trop d’esprit. Nous tapions aussi des almanachs indépendants, comme Phœnix 66 de Iouri Galanskov, ainsi que des revues : par exemple, Sintaksis, là encore de Guinzbourg, et l’anonyme Chronique des événements en cours que j’ai créée.
Nous, les anciens, nous rappelons comment se diffusait le samizdat : avec des carbones, on écrit à la machine un nombre d’exemplaires qui dépend de la qualité du papier : au moins quatre, pour reprendre les célèbres paroles d’Alexandre Galitch - « (La machine à écrire) Érika accepte quatre copies. C’est tout, et cela suffit. » - , et jusqu’à vingt, si l’on emploie du papier à cigarettes. Ensuite, on distribue ces copies, et cela devient l’affaire du lecteur suivant : celui-ci peut, soit retaper le texte et le distribuer ; soit faire simplement passer son propre exemplaire, sur le principe « Lis et transmets à ton camarade », soit, cacher ce texte dans le tiroir de son bureau, voire - et là, c’est péché – le détruire après l’avoir lu.
Il est courant d’entendre qu’Internet est le samizdat d’aujourd’hui. Toutefois, cette comparaison et le sens du mot « samizdat » sont souvent bien flous, comme cela apparaît dans un article très sensé qui définit, sur Internet, ce qu’est le samizdat :
« Au XXIe siècle, les mots « Tamizdat » et « Samizdat » sont aussi utilisés comme titres pour des publications enregistrées. Celles-ci sont publiées ou bien ouvertement diffusées par Internet, et, donc, accessibles. Ce qui veut dire qu’elles ne sont ni du samizdat, ni du tamizdat, dans le sens originel de ces termes[1]. »
Moi-même, en faisant une recherche très superficielle, j’ai découvert qu’il existe un système « Samizdat » sur Internet, une revue Samizdat sur le net, et des blogs dont les auteurs notent systématiquement « samizdat » en tête de leurs notes. Il y a même une maison d’édition appelée « Samizdat » (un éditeur « papier », pas sur le net !). Cela peut se comprendre : si je publie moi-même, c’est de l’auto-publication, c’est-à-dire, en russe, du samizdat. Mais le sens historique et sociétal de ce terme est alors perdu. L’article cité plus haut poursuit :
« Il y a débat pour savoir si on peut appeler « samizdat » les revues qui paraissaient dans la dernière décennie du XXe siècle, ou toute autre activité éditoriale non persécutée. »
Effectivement, quand le modérateur du forum Litnet.ru propose de « débattre des ressources samizdat sur le net littéraire russe[2] », il s’appuie, pour ses questions et réponses, sur une conception très large du samizdat, celle d’un « samizdat sans limites », peut-on dire. Et l’on comprend qu’il puisse adresser des reproches à ces « ressources »…
Récemment, j’ai reçu une lettre, une lettre privée, par Internet (plus exactement par ce Jivoï Journal dont je parlerai plus loin). Son auteur, Grigori Goldstein, y donne, au passage et involontairement, sa propre définition du samizdat :
« Le sens principal du samizdat, tel que je le comprends, c’est de donner une existence à un texte interdit ; c’est d’offrir à un auteur la possibilité de trouver des lecteurs, même si ceux-ci sont peu nombreux. »
Pour trouver les ressemblances et les différences existant entre le samizdat et le « samizdat » du net, il faudrait donc quand même tenir compte des critères suivants : y a-t-il, ou non, répression ? Y a-t-il, ou non, interdiction ?
Un autre genre de définition existe toutefois et met l’accent, non sur l’interdiction, mais sur le mode de diffusion. En 2005, Alexandre Daniel, membre du directoire de Mémorial, a ainsi proposé la définition suivante, lors de la présentation d’une Anthologie du samizdat en trois tomes[3] :
« Le samizdat est un procédé spécifique pour faire exister des textes, importants pour la société et non soumis à la censure. Ce procédé est le suivant : le tirage des textes se produit, hors du contrôle de l’auteur, au cours de la diffusion de ces textes parmi les lecteurs. »
Cette définition s’appuie donc sur trois éléments : l’absence de censure (ce qui ramène à la notion d’« interdit »), le mode de diffusion et l’importance pour la société. Ce dernier critère n’est pas le plus clair et il ne peut être interprété qu’à l’aide du deuxième : si les lecteurs continuent le « tirage », cela veut dire qu’à leurs yeux, un texte est important pour la société.
Une autre approche de ce troisième critère nous est donnée par Alexandre Galitch, qu’Alexandre Souetnov citait, il y a sept ans, dans son article « Le samizdat éternel[4] » :
« Le samizdat inquiète ceux qui ont le pouvoir, ceux qui s’accrochent au pouvoir et nos soi-disant chefs littéraires, et il ne les inquiète pas tant par son contenu que par ses qualités intellectuelles… Les travaux philosophiques qui paraissent dans le samizdat sont écrits dans une langue que vous ne trouverez dans aucune publication philosophique officielle. Le niveau s’élève, et nos fonctionnaires littéraires ne peuvent pas l’atteindre. C’est ce niveau qui les inquiète, et parfois davantage que le sujet des textes... »
Alexandre Souetnov, l’auteur de cet article, poursuit la pensée de Galitch, en mettant ce critère au premier plan :
« Le seul critère essentiel, qui permet de considérer un texte comme du samizdat, c’est son processus de diffusion par les lecteurs. Sur ce point, le samizdat ressemble assez à Internet. La croissance du net n’est contrôlée par personne. La diffusion d’une œuvre samizdat non plus. Sinon, ce n’est pas une œuvre ou ce n’est pas du samizdat. Le samizdat, avec ses minuscules « tirages », mettait en lumière une véritable échelle de valeur. C’est-à-dire qu’il remplissait à peu près la même fonction que la liberté des prix à notre époque mercantile : plus c’est authentique, meilleur c’est, et plus c’est cher. Le samizdat reposait, non seulement sur l’indépendance d’esprit, mais aussi sur l’abnégation, non seulement sur la protestation et l’opposition, mais aussi sur l’excellence intellectuelle. Le samizdat, c’est une fenêtre éthique à l’époque du socialisme développé. »
Alexandre Souetnov considère que le développement d’Internet, depuis le milieu des années 90, a entraîné la « mort du samizdat ». Cette question de la « mort du samizdat » ne se posait pas pour l’écrivain Evguéni Kozlovski, auteur de la postface dans la première anthologie du samizdat, publiée en Russie en 1997, l’énorme Samizdat du siècle[5]. Cet article s’appelait – déjà ! - « Internet, le samizdat d’aujourd’hui ».
En 2008, Éléna Trégoubova répète la même chose. La revue Internet Webplaneta publie une interview de cette journaliste et note que celle-ci « a reçu l’asile politique en Grande-Bretagne et considère qu’Internet joue actuellement, en Russie, le rôle du « samizdat soviétique »[6] ».
Quels changements se sont produits, en Russie, dans la période qui sépare ces deux positions, apparemment identiques ? D’abord, l’Internet s’est développé assez largement. Une étude du Centre panrusse d’étude de l’opinion publique le signale : actuellement, 31 % de la population du pays utilise Internet et le pourcentage de ceux qui ne le font pas est passé de 76 % en 2006 à 69 % aujourd’hui : « Au cours de ces trois dernières années, la popularité d’Internet, en tant que principale source d’information, a été multipliée par deux et est passée de 10 % en 2005 à 20 % en 2008[7]. »
En outre, et cela devrait peut-être être le premier point, les mass médias russes ont connu une liberté totale, pendant toutes les années 90 et au tout début des années 2000. À la télévision, il ne reste, actuellement, presque rien de cette liberté. Èkho Moskvy est la seule radio, relativement libre, d’importance nationale. Le seul journal et le seul hebdomadaire relativement libres sont Novaïa Gazéta et New Times. Il est vrai que, ces derniers temps, et de façon inattendue, des revues « glamour » comme Esquire ou Bolchoï Gorod évoluent dans ce sens. Et il ne faut pas oublier que toutes ces éditions papier ont leurs sites sur Internet et que ces sites vont plus loin que ne peuvent le faire les éditions papier. Ils incluent notamment des enregistrements vidéo, qui sont d’authentiques et importantes émissions de télévision. Les « grosses revues » peuvent également être considérées comme relativement libres. Elles ont des tirages minuscules et, elles aussi, trouvent leur lecteur essentiellement sur le net.
Par ailleurs, des sites d’information et d’analyse ont été créés, sur Internet, il y a déjà longtemps, et n’ont pas d’édition papier : Polit.ru, par exemple, avec son cycle de conférences sur des thèmes culturels et socio-politiques ; Grani.ru, avec sa « télévision » ; Ejednevnyï journal (Journal quotidien), avec son large réseau de forums, etc… Les trois que je viens d’évoquer sont complètement dans l’opposition. De nouveaux sites d’un autre type apparaissent, par exemple Otkrytoe prostranstvo (Espace public) qui a été conçu, je crois, avant tout comme un espace libre pour la littérature, l’art et la culture, mais qui, ces derniers temps et par la force des choses, s’est également ouvert aux questions sociales, politiques et économiques. Il y a aussi des sites spécifiquement littéraires, dont des sites poétiques comme Vavilon, Literatournaia Karta Rossii (La Carte littéraire de Russie), Novaia kamera xraneniia, etc…
Et, enfin, je souhaiterais évoquer cet espace particulier qu’est le Jivoï Journal – la version russe du Livejournal, né aux États-Unis. Cet espace me semble, en effet, particulièrement proche du samizdat. Peut-être parce que j’y participe moi-même et que je sens comment, en un an, tous les réflexes de l’ancienne « productrice de samizdat » que je suis se sont réactivés. Cette dernière année, j’y ai été le témoin et / ou l’un des acteurs de plusieurs campagnes pour réunir des signatures sous des lettres ouvertes : pour la défense de Sergueï Alexanian, pour la défense de l’Université européenne de Saint-Pétersbourg, pour la libération de Svetlana Bakhmina, etc… Cela a parfois donné des résultats : Alexanian a été transféré à l’hôpital, même s’il y reste soumis à un régime carcéral ; les « persécutions des pompiers » contre l’Université européenne ont cessé. Dans le cas de Svetlana Bakhmina, plus de 80.000 signatures ont été réunies. Pour l’instant, elles n’ont modifié en rien le sort de cette femme, mais ont forcé les autorités à aboyer. Elles ont ainsi prétendu que Svetlana Bakhmina demandait – mais par l’intermédiaire des chefs du camp, et non par celui de ses avocats ou de sa famille – que cesse le bruit fait autour de son nom. Et nous, jadis, avec nos dizaines de signatures sous des lettres ouvertes, nos centaines de signatures dans des cas exceptionnels, avons-nous obtenu beaucoup de résultats ? Pratiquement les mêmes : nous faisions du bruit, nous ne permettions pas que les personnes torturées, persécutées, victimes de répressions, soient oubliées.
Mais le samizdat ne se résumait pas à des lettres ouvertes collectives, ni à des campagnes de défense et, de la même façon, ce n’est ni la seule, ni la principale sphère d’activité sur le Jivoï Journal. Anton Otchirov (kava_bata, sur le JJ) l’exprime ainsi, dans une interview accordée à la revue Internet Novye Oblaka (Nouveaux nuages) :
« Qu’est-ce que le Jivoï Journal ? C’est un espace médiatique public qui bouge ou, plus exactement, qui évolue avec l’époque, et c’est peut-être, actuellement, le seul mass media qui nous soit accessible. Cet espace n’existe pas à la télévision, ni dans les autres médias, ni dans les rues, ni dans les rencontres sociales ou mondaines locales. Dans cet espace, se côtoient des univers très différents qui ne devinent parfois même pas l’existence des autres. La seule chose qui les unit, c’est la réalité[8]. »
La réalité, contrairement au mensonge et à l’illusion de la vie soviétique officielle, a toujours été à la base même du samizdat.
Concrètement, comment cela se passe-t-il ? Si le texte de quelqu’un m’a plu (ou a plu à quelqu’un d’autre) – et ce texte peut être un article analysant un sujet brûlant, des souvenirs sur la Grande Terreur, une étude littéraire, l’appel à aider un enfant malade, un dessin animé rigolo, la description d’une icône miraculeuse ou de bons vers (le principal, en ce qui me concerne) – moi ou n’importe qui d’autres faisons référence à ce texte et, souvent, nous le citons, en partie ou en totalité. C’est donc comme si nous « recopions » le texte d’un autre, alors que nous sommes derrière un ordinateur, et non une machine à écrire, et que nous ne tapons pas, mais faisons un « copier-coller ».
Parfois, moi (ou beaucoup d’autres sur le Jivoï Journal), nous bricolons quelque chose. Par exemple, avant même que Katyn, le film du cinéaste Andrzej Wajda, ne soit montré pour la première fois, j’ai lancé sur le net la recension que j’avais écrite pour la revue Novaia Pol’cha, une revue qui sort, en russe, à Varsovie et qui a aussi sa version sur l’Internet russe. Ensuite, à la veille des deux projections du film, organisées à Moscou, puis après ces projections, j’ai regroupé les références de toutes les recensions de ce film et de tous les avis personnels que l’on pouvait trouver sur le net, et pas seulement sur le Jivoï Journal. Et, si je ratais quelque chose, d’autres m’envoyaient des références complémentaires que j’ajoutais à mes listes. Et cela a suscité une énorme quantité de réactions (ce que l’on appelle des « commentaires »), ainsi que des débats, pas seulement entre moi et mes lecteurs, mais aussi entre eux, sans que j’y participe.
Il n’est pas étonnant que, soit à mon initiative, soit avec ma participation directe, des débats aient été consacrés aux dates anniversaires de 2008 : les quarante ans de la Chronique des événements en cours et les quarante ans du Printemps de Prague, avec notre manifestation sur la Place rouge. Ceux qui lisent mon Jivoï Journal ont pu, par exemple, lire les textes des interviews que j’ai données sur ce sujet à des publications non-russes et qui n’ont été publiées nulle part ailleurs en russe. Et, de nouveau, cela a suscité des commentaires, des débats, des questions... Et peut-être que la manifestation de sept jeunes (garçons et filles) sur la Place rouge, dimanche 24 août 2008, autour du slogan « Pour votre liberté et pour la nôtre », a été, dans une certaine mesure, le fruit de ces débats, surtout si l’on sait que je connaissais déjà deux des participants à cette manifestation. Je les ai connus d’abord virtuellement, à travers le Jivoï Journal, et, ensuite, réellement. Ceci dit, je ne savais rien de leur projet et j’étais à Prague quand j’ai été informée de cette manifestation, et je l’ai été, bien sûr, par le Jivoï Journal.
Tout cela a l’air très idyllique, non ? Toutefois, les autorités russes actuelles manifestent constamment leur désir de limiter la liberté d’Internet. Comme elles le reconnaissent ouvertement, elles ont un bon exemple sous les yeux : la République populaire de Chine. Pour l’instant, la présentation de toutes sortes de projets de lois et de modifications législatives au soi-disant « parlement » n’a pas été couronnée de succès : on voyait que c’était fait de façon trop grossière. Mais cela ne veut pas dire que de telles tentatives ne vont pas continuer, de façon peut-être plus habile et mieux réussie.
Un cas intéressant s’est récemment produit au Kazakhstan : pendant quelques jours, on y a totalement coupé l’accès à Internet, là et, par la même occasion, dans la Kirghizie voisine. Le jour où cela s’est produit, un participant kazakh au Jivoï Journal a écrit :
« À l’époque où notre président a été formé et vers laquelle il ne cesse de nous ramener, il n’y avait ni Internet, ni Ferrari, ni culture axée sur les faits divers et la criminalité. Il y avait la presse du Parti et le rôle dirigeant et dominant du Parti. Pour notre leader, Internet, c’est la même chose que le samizdat de l’époque. Et l’on mettait en prison ceux qui s’intéressaient au samizdat. Des traits caractéristiques de cette période se manifestent de plus en plus. Le monopole dans la presse. Le contrôle du parti. La censure sur le net. Le parlement où ne siège qu’un seul parti. Et le simple Guide (chez nous, le « leader de la nation »), avec sa casquette et, dans la main, un numéro récent de la revue Forbes[9]… »
Presque tout ce que dit mon collègue kazakh peut être appliqué à la Russie. J’ai déjà parlé du monopole dans la presse. Le « contrôle du parti », c’est le pouvoir presque monopolistique qu’a le parti « Russie unie » à tous les niveaux. La censure est, peu à peu, introduite sur Internet : quelques blogueurs ont été inculpés en justice et l’un d’eux a déjà été condamné, certes à une peine avec sursis. Formellement, plusieurs partis siègent au Parlement russe, mais cela ne durera pas.
Je conclurai, en citant l’un de mes camarades du Jivoï Journal (Jivoï Journal –friend). Voici ce qu’il a écrit, juste après le Discours du président russe à la Douma d’État :
« À quoi cela mènera-t-il, d’empêcher totalement la population et l’individu de participer à la vie sociale et politique ? Le résultat, c’est qu’il y aura un transfert vers les « cuisines », c’est-à-dire les « blogs », le Jivoï Journal, le Livejournal et ses semblables, vers Internet. Écrivez des lettres et des articles de blogs. Tant que les « dix années sans droit de correspondance » n’ont pas été rétablies[10]. »
[1] http://blogs.mail.ru/community/files_demon63/7E47985DF576F3C9.html
[2] http://www.litnet.ru/forum/viewtopic.php?t=325
[3] Антология самиздата. Неподцензурная литература в СССР. 1950-1980. В 3-х томах. Москва : Международный институт гуманитарно-политических исследований, 2005.
[4] NG Ex Libris, 27 juillet 2001. http://www.ng.ru/style/2001-07-27/8_samizdat.html
[5] Стреляный, А.И. Сапгир, Г.В, Бахтин, В.С. Ордынский, Н.Г. (составители). Самиздат века. Москва-Минск, 1997. Voir la recension que Constantin Paramonov a faite de ce livre pour la revue Internet Русский Журнал : http://old.russ.ru/journal/kniga/98-04-11/param.htm.
[6] http://www.webplanet.ru/news/life/2008/04/10/tregubova.html
[7] http://lenta.ru/news/2008/09/30/poll/
[8] http://www.tvz.org.ee/index.php?page=348
[9] http://megakhuimyak.livejournal.com/501335.html?thread=8785495
[10] http://daynice.livejournal.com/183891.html
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